Une fresque puissante et habitée, entre rigueur historique et souffle romanesque. Mouna Hachim
Une lecture qui m’a bouleversée, par son intensité et sa justesse. Au-delà du XVIᵉ siècle qu’il évoque, ce roman interroge la loyauté, la trahison et la complexité humaine. Une œuvre vibrante, où l’Histoire retrouve chair et émotion.




Livre 1 - Yahya
Livre 2 - Mohammed Echeykh
Un roman cinématographique. Ce roman se lit comme se déroulerait un film au cinéma . Gérard Poupon
Les images défilent, le rythme captive, la variété des situations sollicite constamment l'attention. Les intrigues, les batailles et les conflits humains s'enchaînent magistralement. Un véritable page-turner qui allie spectacle visuel et profondeur historique.
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Le XVI siècle - Un monde qui change
Yahya, le Guerrier berbère


Il aurait pu faire basculer l’histoire, et pourtant, qui se souvient de Yahyā U Tā’fuft ? Au XVIe siècle, lorsque ce fier Berbère devient caïd de Safi dans des conditions douteuses, il signe le début d’un règne sans partage sur la région des Dûkkala. Guerrier redoutable et invaincu pendant une décennie, c’est sous la protection des Portugais qu’il étend l’empire du roi Manuel Ier, jusqu’aux portes de Marrakech. Près de prendre la ville hintatī en 1517, elle tombera finalement aux mains des Zaydanides, dynastie marocaine plus connue sous le nom de Saâdiens. La suite, on la connaît. Mais que serait-il advenu si Yahyā U Tā’fuft avait atteint son but, et quel était-il d’ailleurs ?
Dans ce siècle de famine et de peste qui décimaient les populations, le Maroc était écartelé entre trois puissances de forces inégales : au nord, une dynastie wattasside mourante, au sud, une dynastie saâdienne balbutiante, et dans les Dûkkala, un empire portugais disposant d’une puissance de feu écrasante. La ville de Safi connut des heures fastes sous le caïdat de Yahyā U Tā’fuft, épargnée un temps de la faim et des violences tribales. Le roi Manuel Ier du Portugal ne jurait d’ailleurs que par ses qualités humaines et guerrières pour protéger la région, et ses intérêts.
Qualifié de Judas par certains historiens pour cette allégeance à la couronne portugaise, le jeune berbère avait-il pour autant le choix ?
Ce roman raconte la saga d’une grande figure historique méconnue, et à travers lui, la vie incroyablement cruelle d’une population prête à tout pour survivre face à l’adversité.
Safi- La cité où tout débute


Cette remarquable représentation de la ville de Safi dévoile les contours initiaux de la cité. On y distingue des remparts et un périmètre bien plus étendus que ceux conservés par les Portugais au temps de leur occupation. On remarque également la présence de seulement quatre mosquées, un nombre nettement inférieur à celui représenté sur l’illustration d’Azemmour, où les lieux de culte sont bien plus nombreux.
On note l’absence d’un port structuré : les navires jetaient l’ancre au large, et de petites embarcations assuraient la navette pour le chargement et le déchargement des marchandises.
La grande mosquée de Safi fut détruite et profanée, avant qu’une cathédrale ne soit érigée à son emplacement par les Portugais. Cette cathédrale fut elle-même détruite ultérieurement… par les Portugais eux-mêmes, qui craignaient qu’elle ne soit à son tour profanée. Quelques vestiges, visibles encore aujourd’hui, témoignent de cette histoire mouvementée.
Le Portugal de Yahya
Une relation privilégiée avec Emmanuel 1er






Après quatre mois de préparations intenses et secrètes, le roi João 1er du Portugal et ses fils, Edouard, Henri et Pierre, attaquent par surprise la ville de Ceuta, au nord du Maroc, le 21 août 1415. L’importance de la prise est à la mesure des risques : de très gros moyens militaires et maritimes sont déployés et une flotte imposante de 250 navires avec à son bord 50 000 hommes prend la ville en seulement 24 heures, puis l’abandonne au saccage.
Pendant des siècles, la ville servait de voie commerciale maritime stratégique avec l’Europe, en particulier pour l’Andalousie, les Génois, les Français et les Anglais. Sous la houlette de la dynastie d’érudits Al-Azafi, la cité libre avait connu une prospérité intellectuelle et commerciale de premier plan, en tant que passage obligé des caravanes chargées d’or venues du Soudan, en route pour l’Europe.
Cette victoire permit au petit royaume, qui ne comptait que 1,5 million d’habitants, de sortir d’une impasse politique. C’était le moyen idéal d’offrir de nouveaux territoires à conquérir à une chevalerie de plus en plus contestataire, de trouver une solution à une inflation qui minait dangereusement le pays, et de faire échec à l’hégémonie grandissante du voisin castillan. La surprise fut totale des deux côtés de la Méditerranée. Ceuta périclita et les massacres des populations alentour qui s’ensuivirent n’étaient que le prélude à une politique expansionniste dans un Maroc déjà en proie à de graves guerres intestines.
Grâce à leurs espions, les Portugais avaient anticipé la lente décomposition du pouvoir mérinide dès 1380. Entre 1358 et 1465, dix-sept sultans se succédèrent, parfois plusieurs fois, souvent assassinés ou déposés. Cette instabilité chronique renforçait le pouvoir des vizirs et des chefs militaires, plongeant le royaume dans une crise profonde.
Bataille de la Maâmora- 1515


La Citerne portugaise d’El Jadida est l’un des joyaux cachés du patrimoine marocain. Enfouie sous la citadelle de l’ancienne ville fortifiée de Mazagan, elle se dévoile comme un lieu hors du temps, chargé de mystère et de beauté. Classée monument du patrimoine culturel au Maroc, elle fait également partie du prestigieux patrimoine mondial de l’UNESCO.
Une histoire énigmatique
Construite en 1514 par les Portugais sous la citadelle — leur première implantation permanente sur ce site —, la chambre souterraine n’était, à l’origine, pas une citerne. Était-ce un arsenal, une caserne ou un grenier ? Le doute subsiste. Ce n’est qu’en 1541, lors de l’agrandissement de la forteresse, que la pièce est transformée en réservoir d’eau. L’architecte Miguel de Arruda en conçut les plans, mais la construction fut confiée à João de Castilho, un maître d’œuvre réputé de l’époque.
Au fil des siècles, la citerne est restée intacte, habitée par le silence et l’ombre. Son atmosphère saisissante a fasciné de nombreux artistes et cinéastes, dont Orson Welles, qui y tourna des scènes mémorables de son Othello.
Un chef-d’œuvre architectural
Avec ses proportions presque parfaites — un carré d’environ 33 mètres de côté —, la salle repose sur cinq rangées de cinq piliers de pierre massifs, formant une forêt de colonnes d’un autre âge. Construite dans le style manuélin, une version tardive et raffinée du gothique portugais, elle dégage une impression de puissance et d’élégance.
Mais ce qui en fait un lieu réellement magique, c’est ce filet d’eau qui recouvre son sol. À travers l’ouverture ronde percée au centre du plafond, un simple rayon de lumière se fraie un chemin, se reflétant sur l’eau pour animer les colonnes d’ombres mouvantes. Chaque visite devient une expérience sensorielle, entre silence, éclats de lumière et murmures d’histoire.


La bataille de Maâmora (1515) – Le jour où la mer devint rouge. Le roi Manuel Ier, désireux de créer un point de frictions avec le Royaume de Fes, ordonna l’édification d’une nouvelle forteresse à l’embouchure de l’oued Sebou. Le lieu choisi était la Maâmora, modeste mais stratégique, et deux expéditions précédentes en 1507 et 1514 en avaient déjà révélé l’intérêt.
L’audace portugaise : Le 13 juin, une flotte imposante quitte Lisbonne : 200 navires, 8 000 hommes, des soldats, mais aussi des colons, des artisans, des rêves de conquête et de gloire. À sa tête, un noble expérimenté, António de Noroña. Dix jours plus tard, les voiles blanches apparaissent à l’horizon. Le débarquement se fait sans résistance. Rapidement, un château de bois s’élève, les fondations de la forteresse sont jetées, mais… à la hâte, trop près d’une colline, vulnérables à une attaque venue d’en haut.
La riposte marocaine : Informé de l’intrusion, le sultan Mohammed al-Burtuqâlî envoie son propre frère, Moulay Nacer, gouverneur de Meknès, à la tête de 30 000 fantassins et 3 000 cavaliers. Avec eux, six canons — promesse de tonnerre. Dès le 19 juillet, la cavalerie marocaine tente un assaut. Repoussé. Mais l’artillerie, stationnée non loin, intrigue les Portugais. Apprenant qu’elle est peu gardée, António de Noroña lance une attaque éclaire : 1 200 hommes dérobent les six canons, profitant d’un instant de négligence.Mais la victoire est de courte durée.
Alors que les Portugais ramènent leur prise au camp, l’armée marocaine fond sur eux comme une nuée. L’escadron portugais, d’abord discipliné, vacille. La panique gagne les rangs. Certains fuient, d'autres jettent leurs armes, dupés par des voix en espagnol — des renégats andalous — promettant la vie sauve à ceux qui se rendent. C’est un massacre. Une quinzaine d’officiers sont faits prisonniers, les cadavres jonchent la terre sablonneuse de Maâmora.
L’étau se resserre
Moulay Nacer installe ses troupes sur la colline surplombant la position portugaise. Les canons sont pointés vers la forteresse, d’autres vers l’embouchure du fleuve. L’objectif est clair : couper les Portugais de leur flotte, les affamer, les réduire à l’impuissance.
Un navire tente de briser le blocus. Il est coulé sans pitié. La situation dans le camp portugais devient critique. Les vivres manquent, les munitions aussi. Les hommes tombent, non seulement sous les coups de l’ennemi, mais aussi sous les assauts invisibles de la maladie et du découragement. Les disputes éclatent entre les chefs, chacun accusant l’autre d’avoir mal choisi l’emplacement de la forteresse.
Le désastre pour les portugais
Le 10 août, l’ordre d’évacuation est donné. Il est trop tard. L’embarcation se fait dans le chaos. Beaucoup sont tués avant même d’atteindre les navires. La marée basse empêche les bateaux de manœuvrer. Certains s’échouent, d’autres sombrent. En quelques heures, le fleuve devient un cimetière flottant. On comptera près de 4 000 morts portugais et une centaine de navires perdus. Pour les Marocains, c’est une victoire éclatante. Ils récupèrent plus de 400 canons et un butin considérable. Pour les Portugais, c’est un traumatisme. L’événement entre dans leur histoire sous le nom de « désastre de Maâmora ».
Léon l’Africain, témoin des événements, écrira :
« Les navires ont été brûlés, et l'artillerie est allée au fond, avec un si grand massacre de chrétiens que la mer a été teinte en rouge pendant l'espace de trois jours. »
Un tournant
Cette défaite met un frein brutal aux rêves d’expansion du Portugal au Maroc. Elle ranime, du côté marocain, l’esprit de résistance et de djihad contre les forces chrétiennes. L’année suivante, le sultan utilise les canons capturés à Maâmora pour assiéger la ville d’Assilah. Maâmora reste, à jamais, un nom gravé dans le souvenir des vaincus… et chanté dans la gloire des vainqueurs.


Monastère des Hiéronymites
La tour de Bélem
Mazagan - La citerne portugaise
Grenade - Chapitres 10 & 11


Souvent cette partie du roman est citée comme la plus captivante. Je l'ai crée de toutes pièces car, car rien ne prouve que Yahya se soit rendu en Andalousie. mais il a passé beaucoup de temps au Portugal et j'ai pensé à lui faire ce petit voyage chez les voisins castillans.


L’eau était acheminée vers le Generalife par l’Acequia Real (également appelée Acequia del Rey ou Acequia del Sultán), qui alimentait également l’Alhambra dans son ensemble, et dont une grande partie existe encore aujourd’hui. Elle capte l’eau de la rivière Darro, en amont, dans les contreforts de la Sierra Nevada, à environ 6,1 kilomètres à l’est de l’Alhambra. Une branche secondaire, connue sous le nom d’Acequia del Tercio, s’en détachait plusieurs kilomètres en amont et suivait un tracé en altitude avant d’atteindre le Generalife près de l’actuel Pabellón Romántico, permettant ainsi l’approvisionnement en eau des jardins supérieurs, de l’Escalier de l’Eau et de l’ancien hammam. La branche principale, qui suivait un tracé plus bas, atteignait aussi le palais du Generalife et alimentait le Patio de la Acequia.
Les canaux d’irrigation étaient généralement à ciel ouvert, mais certains tronçons passaient par des tunnels creusés directement dans la roche. Ces canaux, combinés à un système hydraulique complexe de réservoirs et de roues hydrauliques, permettaient l’approvisionnement et la distribution de l’eau dans l’ensemble des jardins.
Un élément de ce complexe hydraulique, les Albercones, est constitué d’un réservoir médiéval pouvant contenir 400 mètres cubes d’eau, utilisé pour irriguer les vergers et jardins situés en hauteur. Il est situé sur les hauteurs, au-dessus des Jardines Nuevos actuels. Deux réservoirs modernes se trouvent également à ses côtés aujourd’hui : l’un construit par Torres Balbás en 1926, et un autre ajouté par Prieto Moreno dans les années 1930. Le réservoir était alimenté par un puits de 17,4 mètres de profondeur situé sur une plateforme à son angle sud-ouest. Ce puits était initialement surmonté d’une tour en terre battue, à l’intérieur de laquelle une roue hydraulique actionnée par des animaux permettait de puiser l’eau. Le puits débouche sur une galerie ou canal souterrain dont l’ouverture inférieure se trouve près de l’actuel Paseo de las Adelfas. Cette galerie captait l’eau directement depuis l’Acequia Real lorsqu’elle passait à proximité des jardins, ainsi que depuis l’Acequia del Tercio, située plus en hauteur, qui la croisait. Les deux canaux poursuivaient ensuite leur course au-delà des Albercones et se rejoignaient avant de retourner vers l’Alhambra, où l’eau pénétrait par un aqueduc situé près de la Torre del Agua, à l’extrémité est de l’Alhambra.
Le Generalife (prononcé en espagnol : [xe.ne.ɾa.ˈli.fe] ; arabe : جَنَّة الْعَرِيف, romanisé : Jannat al-‘Arīf) était un palais d’été et un domaine rural appartenant aux souverains nasrides de l’Émirat de Grenade, en al-Andalus. L’étymologie la plus couramment citée pour le nom « Generalife » est qu’il dérive de jannat al-‘arīf (arabe : جَنَّة الْعَرِيف), ce qui peut signifier selon les interprétations : « Jardin de l’Architecte », « Jardin de l’Artiste », « Jardin du Gnostique », ou même « Jardin du Flûtiste ».
Une version antérieure du nom, enregistrée au XVIe siècle par Luis del Mármol, était Ginalarife, ce que J.D. Latham considère comme une indication que le premier mot était à l’origine jinan (arabe : جِنَان), pluriel du même radical, plutôt que jannat. Le nom original du Generalife aurait pu simplement signifier quelque chose comme « Verger principal ».
Une inscription ornementale d’Ibn al-Yayyab à l’intérieur du palais le désigne sous le nom de Dar al-Mamlakat as-Sa‘īda (Maison du Royaume Heureux).
Le vent se lève sur Santa Cruz: une Saga dans le Maroc du XVIe siècle.
Dans un pays déchiré par les rivalités, les ambitions et la présence étrangère, émergent des hommes décidés à refaçonner le destin du royaume. Autour de Mohammed Echeykh et de l’essor saadien, le roman déploie une fresque de guerre, de pouvoir, de foi et de loyautés fragiles. J'y explore les zones grises de l’histoire marocaine, là où se croisent grandeur, peur, calcul et courage.Un roman historique marocain ample et vivant, consacré à l’une des périodes les plus décisives du Maroc du XVIe siècle.
Une fresque romanesque au cœur du Maroc atlantique


Dans ce deuxième volet, je poursuis l'exploration du Maroc du XVIe siècle, une période décisive mais encore peu présente dans le roman historique francophone.Le lecteur y retrouve un pays morcelé, menacé sur ses côtes, traversé de conflits, mais aussi porté par de grandes figures, des calculs politiques complexes, des fidélités tribales, des visions du pouvoir opposées et des destins individuels pris dans les secousses de l’histoire.
Mme Mouna Hachim: Dès les premières pages, tout part d’une blessure intime. Le meurtre initial n’est pas seulement politique : c’est une trahison familiale, et surtout la naissance d’une culpabilité qui ne disparaîtra plus vraiment. À partir de là, la mémoire devient presque une enquête intérieure. Le roman ne suit pas seulement l’évolution d’un pays mais la fabrication d’un homme, et avec lui l’émergence d’un pouvoir religieux qui devient politique, du foyer et du sacré vers la parole publique puis vers l’Histoire elle-même : Akka, Tidsi, Fès, Marrakech, la présence portugaise, les élites urbaines, un jihad qui devient stratégie, une foi qui devient aussi un instrument d’action…
À travers cela apparaît aussi un thème plus large : la rencontre de deux logiques historiques. D’un côté un univers fondé sur l’honneur, la bravoure et la sainteté ; de l’autre un monde organisé par la technique, l’économie et le temps long. Ni l’un ni l’autre n’est tourné en dérision ni glorifié. L’Histoire change simplement d’échelle, et les hommes doivent apprendre à vivre dans cette nouvelle dimension.
Le titre prend alors tout son sens. Le vent qui se lève sur Santa Cruz n’est pas la guerre mais la circulation des savoirs, la fin des mondes fermés, l’entrée dans une histoire mondiale. Ce n’est plus seulement un conflit local mais une transformation de civilisation.
Au fond, j’ai eu l’impression d’assister à la naissance d’une conscience politique moderne dans un monde encore médiéval. La fin ne ressemble pas à une victoire mais à une compréhension : survivre ne dépend plus seulement de la force ni même de la foi, mais de la capacité à transformer sa manière de penser. La véritable défaite n’est peut-être pas de perdre un royaume, mais de devenir étranger à soi. C’est sans doute ce qui donne au roman sa profondeur particulière : on n’assiste pas seulement à des épisodes du passé, on comprend comment ils deviennent possibles. L’Histoire n’est pas décor, elle est matière vivante, et le livre parvient à rendre perceptible ce moment fragile où les trajectoires individuelles et les forces du temps se rencontrent.
Taroudant et le sucre- Une cité commerçante


L'industrie sucrière au Maroc saadien
Entretien avec Gérard Giuliato, professeur à l'Université de Lorraine, sur l'histoire de la culture de la canne à sucre au Maroc entre le 9e et le 17e siècle. Résumé d'un article parut dans le journal electronique Yabladi
Les origines et l'essor : Cultivée d'abord à petite échelle dans les oasis de l'Anti-Atlas, la canne à sucre est devenue une industrie d'État sous les Saadiens à partir de 1540. Après avoir chassé les Portugais d'Agadir, les chérifs saadiens ont développé de grandes exploitations étatiques pour exporter massivement du sucre vers l'Europe, où il était très prisé.
Une prouesse technique : Les sucreries marocaines se distinguaient par l'ampleur de leurs infrastructures hydrauliques — séguias, aqueducs, bassins — pouvant atteindre 2 400 mètres de longueur, construites en pisé par une main-d'œuvre locale. Contrairement aux Amériques, cette industrie n'a pas recouru à l'esclavage africain. Un moteur de puissance politique : Les revenus du sucre ont permis aux Saadiens de financer leur armée, moderniser l'État, construire de grands palais et résister aux pressions portugaises, espagnoles et ottomanes, tout en étendant leur influence jusqu'à Tombouctou. Le déclin : La mort d'Ahmad Al Mansour, suivie de guerres civiles et d'épidémies, a déstabilisé le système. Les paysans ont cessé les corvées et pillé les installations. À partir de 1620, la concurrence du sucre antillais et brésilien, moins cher, a définitivement mis fin à cette industrie. Un patrimoine menacé : Les sites sont aujourd'hui mal protégés, grignotés par l'urbanisation et l'agriculture intensive, malgré leur caractère unique au monde.


Acqueduc sur Oued Ouaaer.Crédit Yabladi
Logement de Roue Hydraulique et canal de fuite; Crédit Yabladi